Critique – 1er septembre – Images d’Orient

Le Sion Festival | 18 août - 3 septembre 2017 |Valais

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Critique – 1er septembre – Images d’Orient

Le mandoliniste israélien Avi Avital et la Kremerata Baltica se sont rencontrés hier soir au Théâtre de Valère à Sion, pour recréer ensemble de belles images musicales au fil d’un programme qui dessine un parcours historique très large: de Vivaldi à Stockhausen.

Pour ouvrir le concert, Avi Vital nous propose le Concerto pour mandoline et orchestre en do majeur RV 245 d’Antonio Vivaldi, le seul concerto pour mandoline soliste parmi l’infinité de concertos du prolifique compositeur. La magie commence quand Avi Vital, assis devant la Kremerata, leur lance un regard bienveillant et une légère battue de mandoline, indiquant le départ. Tout de suite, il excelle non seulement comme soliste haut de gamme, mais aussi comme chef d’orchestre. Sa technique de jeu très épurée nous immerge au cœur de l’esthétique baroque dès le premier passage, grâce aux contrastes dynamiques surprenants, à la clarté des phrases et aux d’ornements réalisés avec soin. Le résultat sonore a mis en évidence les qualités de l’orchestre, qui a suivi magistralement les intentions musicales du soliste.

Ensuite, la pièce d’Ernest Bloch a ouvert les portes à une autre atmosphère. Nigun, extrait de « Baal Shem » évoquant l’improvisation, a rayonné sur scène avec ses airs d’Orient. Cette pièce a permis à Avi Avital de se balader dans tous les registres de son instrument, énergique et insistant sans devenir strident.

Avi Vital captive le public dès qu’il met un pied sur scène. Un petit raccord de mandoline avant l’interprétation du Concert pour mandoline et orchestre de Avner Dormann a suffi pour captiver à nouveau l’assistance. Ce concerto offre un regard contemporain sur l’instrument qui a permis à Avi Avital de décrocher une nomination aux GRAMMY en 2010 dans la catégorie « meilleur soliste instrumental ». Les effets sonores exquis ainsi que les transitions quasi imperceptibles entre mouvements ont subtilement surpris l’audience de Théâtre de Valère. Salué par une ovation, la star de la mandoline, a offert au public sédunois une nouvelle et charmante découverte extraite du répertoire folklorique bulgare : Buchimish.

Pendant la deuxième partie du concert, la Kremerata Baltica s’est appropriée la scène pour présenter le Nocturne pour orchestre op. 40 B. 47 de Antonin Dvořák. Le dialogue musical se construit entre le premier violon et l’alto, autour de longues phrases dont les captivantes mélodies semblaient venir d’ailleurs. En guise de clôture, Gidon Kremer et la Kremerata Baltica nous ont proposé une performance musicale qui a habilement rassemblé des extraits d’Images de l’Est Op. 66 de Robert Schumann avec de mélodies tirées du Zodiac de Karlheinz Stockhausen. Accompagnée d’une projection vidéo de Sandro Kancheli, l’œuvre évoque le travail de l’artiste syrien Nizar Ali Badr, qui à travers des sculptures minimalistes en pierre dénonce la tragédie de son peuple. L’engagement et la sensibilité de ce projet porté par Gidon Kremer a été accueilli à bras ouvert par le public. Il donne le ton du weekend de cloture de la 52ème édition du Festival de Sion où Gidon Kremer et la Kremerata Baltica proposeront encore deux soirées.