Critique – 30 août – Musique de Chambre au Théâtre de Valère

Le Sion Festival | 16 août - 3 septembre 2017 |Valais

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Critique – 30 août – Musique de Chambre au Théâtre de Valère

Mardi soir, Gidon Kremer et Clara-Jumi Kang ont ému le public avec une prestation musicale de très grande qualité au Théâtre de Valère, au cœur de la capitale valaisanne. Autour d’œuvres pour deux violons de Weinberg et Prokofiev, ainsi que des pièces solistes de Ysaye et Loboda et d’une performance contemporaine de Luigi Nono, le Sion Festival a entamé sa troisième semaine à travers un voyage musical éclectique. L’éventail esthétique propre au dernier siècle a été hautement apprécié par le public.

Le concert, de caractère intime, mais éclatant, a réuni sur scène deux grands violonistes de notre temps. Tous les deux, passionnés par la musique de chambre, nous ont livré une démonstration de maîtrise et de polyvalence dans un genre musical exigeant.

Le choix du programme se révèle en absolue cohérence avec Gidon Kremer, violoniste engagé et libre-penseur qui ne cesse d’inviter la jeunesse à suivre son propre chemin pour défendre l’art musical. Ainsi, la Sonate pour deux violons op. 69 de Mieczyslaw Weinberg, compositeur polonais qui est resté longtemps à l’ombre de ses contemporains a ouvert le concert. À travers une interprétation raffinée, Gidon Kremer et Clara-Jumi Kang ont su mettre cette oeuvre en valeur, déployant un archet énergique, mais expressif, qui n’a pas cassé pourtant la douceur du son. « Hay que caminar soñando », pièce que Luigi Nono dédié en 1989 au même Gidon Kremer, refuse les dogmes et les parcours préétablis pour s’ouvrir à l’utopie. Le public a retenu son souffle, grâce à une version débordante de surprises et de transformations musicales graduelles, accompagnés de déplacements sur scène. Sans pause, Kremer continue le concert et excelle dans le Requiem pour l’Ukraine pour violon solo d’Igor Loboda, dont la clarté des phrases et l’expressivité des mélodies ont ému le public. Ensuite, Clara-Jumi Kang a très bien défendu la Sonate «Ballade» pour violon solo en ré mineur d’Eugène Ysaÿe, gorgée de passages en doubles cordes. Impressionnante de concentration, elle a joué les yeux fermés et le cœur ouvert, ce qui nous a permis d’apprécier une magnifique couleur du son ainsi qu’une maîtrise technique et rythmique irreprochable, tout particulièrement dans les passages rapides. En clôture du concert, la Sonate pour deux violons en do majeur op. 56 de Serge Prokofiev a enfin permis au public de remettre les pieds sur terre, dans un discours musical comportant de nombreuses sections contrastantes. Les deux artistes, extrêmement virtuoses ont crée à ce moment-là, une atmosphère inexplicable. Un concert haut de gamme, en attendant que Gidon Kremer se produise en compagnie de la Kremerata Baltica samedi prochain.