Edition 2017 : En guise de conclusion… par Marie Favre

Le Sion Festival | 15 août - 2 septembre 2018 |Valais

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Edition 2017 : En guise de conclusion… par Marie Favre

Qu’il neige, qu’il vente, qu’il pleuve, à six heures, les cloches de la Cathédrale sonnent à toute volée – et que Gidon Kremer joue dans la nef n’y change rien. Lors des dernières mesures de Fratres, donné dans ces murs séculaires, à six heures les cloches ont sonné ; mais ce qui aurait pu être une gêne momentanée pour les auditeurs est devenu éblouissement car le dernier coup de la volée a résonné en même temps, précisément, que la dernière note de la musique, donnant l’impression fugace et saisissante que la ville entière s’était, pour un instant, accordée sur les musiciens, les accompagnait – et un rire émerveillé a secoué les derniers bancs.

Ce souvenir lumineux est à l’image d’une édition de grande qualité – qualité de la musique, évidemment, proposée par de grands artistes mais qualité également d’une programmation souvent audacieuse, et – il est important de le souligner –  d’un public à l’écoute fine, se laissant surprendre avec bonne grâce. Car souvenons-nous des temps forts de ces trois semaines souriantes : un tête-à-tête intimiste et profond avec Gidon Kremer dans une église des Jésuites bondée, promenade philosophique au carrefour des arts, allant musicalement de Bach à Nono – en passant par de puissants préludes de Weinberg ;  un concert des familles très improvisé, joyeux et doux au cœur, illuminé par la présence espiègle de nombreux enfants – et cette jeunesse est la chose la plus réjouissante qui soit ; un incroyable et énergétique marathon musical dans les rues de la ville ; et puis un octuor d’Enescu ébouriffant – certainement l’un des plus beaux moments de l’histoire du festival ; un concerto de Bartok alternant avec maîtrise vigueur et poésie, sous l’archet sursensible de Vilde Frang. Et un trio de Rachmaninoff d’une intensité brute, Janine Jansen au violon. Autant d’instants précieux, volés à la brutalité d’un réel parfois inquiétant.

« Volés » – le mot est mal choisi. Au-delà de la musique stricto sensu, la direction artistique de cette édition a lancé au public un message que ces concerts ont illustré avec évidence : les notes n’enferment pas ceux qui les écoutent dans une tour d’ivoire. Loin de séparer du réel, la musique vient l’informer et le nourrir. Les artistes n’ont cessé de nous le rappeler, cherchant par leurs programmations souvent étonnantes à créer des ponts entre cultures savantes et populaires, entre Orient et Occident, entre passé et avenir. Le monde se construit.

« La joie est le plaisir de l’âme », dit le dictionnaire Littré. Il cite aussi Malherbe : « Nos jours, filés de toutes soies, ont des ennuis comme des joies ». Grâce à la haute qualité des concerts de ces trois semaines, les joies ont passé, momentanément, les ennuis. Puisse ce réservoir d’énergie mais aussi de pensée résonner longtemps encore dans les mémoires et dans les cœurs.