Vilde Frang & Friends

Le Sion Festival | 15 août - 2 septembre 2018 |Valais

Vilde Frang & Friends

  • Date: 30 - Août - 2017
  • Heure: 20:00
  • Lieu: Ferme Asile, Sion
  • Salle: Vilde Frang & Friends
  •  Billetterie
  • Vilde Frang, violon
  • Tai Murray, violon
  • Gabriel le Magadure, violon
  • Rosanne Philippens, violon
  • Lawrence Power, alto
  • Lily Francis, alto
  • Nicolas Altstaedt, violoncelle
  • Jan-Erik Gustavsson, violoncelle

George Enescu (1881-1955), Octuor

L’histoire se passe à Paris, au début de l’année 1900. La ville n’est pas encore ce lieu semi légendaire où, treize ans plus tard, on créera le Sacre du Printemps ou publiera Alcools – mais déjà les personnages de la comédie s’y préparent : dans sa mansarde, Picasso, dix-neuf ans et fraichement arrivé d’Espagne, s’apprête à entamer sa période bleue ; Guillaume Apollinaire, vingt ans, déambule à travers les ruelles ; en coulisses, Stravinsky, dix-huit ans, étudie encore en Russie. Parmi ces jeunes gens au talent fou, qui feront l’art du lendemain, on trouve un jeune violoniste et compositeur roumain. Il s’appelle George Enescu, a dix-neuf ans, et confie au grand imprésario Edouard Colonne, en ce début d’année, la partition d’un octuor pour cordes, dont l’encre a à peine séché. Dans sa musique, on entend un désir avide d’aller de l’avant – mais également une parfaite connaissance des modèles passés et une voix déjà originale. Il faut dire que le garçon n’en est pas à son coup d’essai ; toutefois, bien qu’il considèrera plus tard son octuor comme une transition entre ses œuvres de franche jeunesse et le langage de sa maturité, il fait déjà montre d’une extraordinaire maîtrise formelle et d’une profonde inventivité.

L’imprésario Colonne, à qui la pièce est d’abord montrée, la programme d’ailleurs immédiatement pour l’un de ses prestigieux « Concerts Colonne » ; toutefois, après cinq répétitions, il se dédit et décide de retirer la pièce, jugée trop risquée pour les oreilles de ses auditeurs. Il est vrai que l’œuvre est plus complexe qu’il n’y paraît, à bien des plans. Loin de laisser aux seuls violons la mélodie et d’assigner aux autres instruments la tâche parfois ingrate d’accompagnateurs, Enescu élabore un véritable dialogue entre les huit instruments (quatre violons, deux altos et deux violoncelles), créant de ce fait un tissu sonore complexe, de nature très contrapuntique. Le premier mouvement, extrêmement dense, se distingue par une grande variété de thèmes exposés. Il s’agit certainement de la partie la plus avant-gardiste de la partition ; on y entend les échos fragmentaires de thèmes populaires roumains, de mélodies tziganes, de musique dite classique, le tout savamment lié par une écriture hautement maîtrisée.  Les deux mouvements centraux inversent l’ordre établi en proposant tout d’abord un scherzo « fougueux » puis un moment de suspension, lent et lyrique ; le quatrième mouvement, une valse qui semble s’emballer, témoigne de grandes qualités, tandis que les thèmes s’y enchaînent de plus en plus rapidement.

Mais il y a plus encore. Cette division traditionnelle en mouvements masque une structure générale plus vaste ; en effet, les quatre mouvements mis bout à bout dessinent une forme-sonate, le premier mouvement, très modéré, faisant office d’exposition, le quatrième, mouvement de valse bien rythmée, de conclusion tandis que les deux mouvements centraux, très fougueux et lentement, constituent le développement.

Collages de fragments divers rendus intelligibles grâce à une forme impeccable, recherche d’une modernité absolue qui ne trahit pas pour autant l’héritage du passé… Enescu, on l’aura compris, est un homme de son temps, qui n’a rien à envier, son octuor le prouve, à ses illustres contemporains.

 

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