Une semaine sous la plume de Marie Favre

Le Sion Festival | 15 août - 2 septembre 2018 |Valais

_Z3A2880

Une semaine sous la plume de Marie Favre

Vendredi 18, le concert d’ouverture du Sion-Festival 2017 a donné la couleur, grâce à un programme varié qui a su combler la curiosité d’un public gourmand de musique. Le mot « découverte », entendu dans de nombreuses conversations à la sortie du concert, toujours prononcé avec enthousiasme, est de bonne augure et confirme ce que la programmation suggérait déjà : cette édition sera définitivement placée sous ce beau signe de la découverte.

Compositeur encore trop peu connu et rarement joué, Weinberg fut pour beaucoup le choc de cette soirée d’ouverture. Interprété avec feu et énergie par les musiciens de la Kremerata baltica et la pianiste Anastasia Voltchok, le quintette de ce compositeur a clos le concert avec virulence ; ce choc Weinberg s’est poursuit samedi, à l’église des Jésuites, lors du concert tant attendu célébrant les 70 ans du grand Gidon Kremer – plus d’une heure de récital de violon solo, « en tête-à-tête avec Gidon ». En création mondiale, le violoniste a proposé une transcription personnelle des préludes pour violoncelle seul de Weinberg, accompagnée de la projection de photographies de l’artiste lituanien d’Antanas Sutkus ; sous le titre « hommage au temps perdu », ces instants poétiques au croisement des arts ont arrêté le temps et fait travailler tant le cœur que la tête du public nombreux serré dans l’église. Autres œuvres au programme de ce grand moment du festival, la chaconne en ré de Bach, et la déroutante Lontananza nostalgica futura de Luigi Nono, pour violon et huit bandes magnétiques – énigmatique voyage !

Après les émotions poignantes de ce moment d’intimité, il ne fallait rien moins qu’un peu de théâtre pour ranimer le public – et la soprano Roberta Invernizzi, accompagnée de l’excellente et fine Accademia Hermans, a su démontrer que même sans mise en scène et sans décor, l’opéra est affaire de théâtre. Samedi soir, la cantatrice italienne a créé l’évènement lors d’un récital impressionnant de présence et de maîtrise. Les reprises ornées des airs étaient enthousiasmantes d’imagination, de fantaisie et pourtant de rigueur. Après l’hommage au temps perdu, tout de retenue et de pudeur, la musique baroque a fait vivre avec vigueur le moment présent.

Dimanche, la cathédrale a résonné des voix réunies de tous les intervenants de cette première semaine – augmentées de celles, nombreuses, des jeunes chanteuses du Hannover Mädchenchor. Choristes et musiciens, emmenés avec fermeté par le jeune chef très prometteur Martynas Stakionis – déjà présent vendredi – ont donné une messe de Mozart très fraîche et un moment de belle chaleur humaine avec la messe des pêcheurs de Villerville de Fauré/Messager. Les voix très rondes des jeunes filles ont donné à cette soirée une douceur qui fut appréciée, à en juger par les salves d’applaudissements du public.

La deuxième semaine du festival, mettra en lumière la Russie… et le Valais. Parmi les musiciens du pays, Beatrice Berrut, en compagnie de la violoncelliste Camille Thomas, proposera jeudi un récital varié se promenant de Schumann et Liszt aux compositeurs de notre temps. Samedi, Olivier Cavé sera de la partie et nous invitera à une soirée très classique, Mozart et Haydn, grâce à la complicité des Solistes du Bolshoï. Egalement cette semaine, et à ne pas manquer, le récital des sœurs Labèque au Crochetan, vendredi, le programme russe des Solistes du Bolshoï dimanche soir et le concert des familles proposé par l’Ensemble Janoska dimanche à 11h00.

A noter que le concert du trio Nota Bene de mercredi est annulé, le pianiste de l’ensemble étant indisposé. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement !